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Jean COCHON DUPUY

in Histoire de la ville de La Rochelle et du pays d'Aulnis,
composée d'après les auteurs et enrichie de divers plans.
Par M. ARCÈRE, de l'Oratoire, de l'Académie Royale des Belles-Lettres de cette ville.
La Rochelle, 1752.
Tome second, pages 437-440.      page d'accueil

      M. Jean Cochon Dupuy, originaire de La Rochelle, où ses ancêtres ont rempli autrefois les charges municipales, est né à Niort le 11 avril 1674. Il est le fils de Philippe Cochon, S. Dupuy, médecin de Niort, et de Marie Brisset, fille de Jacques Brisset, écuyer S. de l'Epinette, & savant jurisconsulte. Son bisaïeul est Philippe Legoust, médecin de réputation, & dont il nous reste quelques ouvrages.
      M. Dupuy, au sortir de ses études classiques, se voua à la médecine; il trouvait dans sa famille le goût qui le déterminait, & ce goût a été pour lui une sorte de bien patrimonial qu'il a su améliorer. M.Dupuy, après avoir acquis ses grades dans l'université de Toulouse, vint s'établir à La Rochelle, où il épousa Marie Leroi, fille d'Amateur Leroi, capitaine d'infanterie à la Martinique, & d'une ancienne famille de cette ville. Pour jouir du droit d'agrégation au corps des médecins de La Rochelle, il y fit ses exercices académiques au mois de Novembre 1698. La dispute roula sur deux points intéressants. Il s'agissait d'abord de savoir si le principe vital dans le corps humain est l'effet d'une cause unique, isolée dans ses opérations & indépendante de toute autre cause. L'auteur conclue que ce principe émane du concours de plusieurs agents, dont les actions simultanées se combinent heureusement pour la conservation de la vie: ergo non unicum est & simplex vitale principium.
      Ensuite M. Dupuy entreprend de combattre un ancien préjugé que Molière, cet ingénieux et malin satyrique mit si fort à la mode : il fait voir que la profession recule les bornes de la vie, & après une savante déduction de preuves, ses raisonnements amènent à cette conséquence : ergo medicus a morte liberat. Quoique la médecine soit une sorte de science fort dangereuse entre les mains d'un ignorant, d'un empirique ou d'un faux savant, entêté d'une hypothèse abstraite & idéale, il n'est pas moins vrai qu'elle est absolument nécessaire à la société & qu'elle mérite toute notre estime, lorsqu'elle est cultivée par des hommes habiles, tels que notre siècle en produit.
      Une maladie singulière, qui mit au tombeau une jeune femme en l'isle de Ré, annonça les talents de M. Dupuy, & montra qu'il était appelé à la profession qu'il avait embrassé. Il s'agissait d'une enflure au bas ventre. Après l'ouverture du cadavre, notre médecin reconnut dans cette tumeur prodigieuse la dilatation des ovaires, enflés par un torrent de sérosités qui les inondaient depuis longtemps. Il adressa ses observations à Denis Dodart, médecin de S.A.S. Madame la Princesse de Conti douairière, lequel en fit part à l'Académie des sciences. Ces observations qui sont imprimées, sont claires & simples. On voit bien qu'elles ne viennent pas de la nécessité où se met un auteur de vouloir tout expliquer. Ici, on ne devine pas la nature, on la dévoile, elle paraît.

      Les brillants commencements de M. Dupuy attirèrent sur lui l'attention du marquis de Villete, lieutenant général des armées navales, commandant à Rochefort, & du docte Begon, intendant de la marine. M. Dupuy prit d'abord le soin de l'hôpital militaire de La Rochelle. En 1704 il fut appelé à Rochefort. Devenu médecin de la marine en 1712, il forma un grand projet, je dis grand, parce qu'il devait être extrêmement utile.
      Les jeunes chirurgiens destinés à servir sur nos flottes, n'avaient ni maîtres ni instructions; mal guidés par une aveugle routine, ils n'apercevaient que ce qu'ils faisaient, & presque jamais ce qu'il aurait fallu faire. M. Dupuy sentit pour le public le besoin qu'ils avaient d'une théorie éclairée pour les garantir des tâtonnements dans des opérations délicates, où la science bien mieux que l'oeil doit conduire la main; il proposa donc à la cour l'établissement d'une école d'anatomie & de chirurgie, dont il donnerait lui-même des leçons publiques. Le projet s'exécuta. L'amour du bien général en avait fait naître l'idée à M. Dupuy, son zèle soutint cet ouvrage, ses lumières le perfectionnèrent, le succès en fit connaître tout à la fois les avantages et la nécessité de les étendre : aussi, deux nouvelles écoles formées sur le modèle de celle de Rochefort & d'après les mémoires du premier médecin de ce département, furent bientôt après établies à Brest et à Toulon.
      Les soins que M. Dupuy donne à la marine depuis cinquante six ans, ont éclaté en deux occasions affligeantes. Une escadre de retour de la Martinique en 1746, vint désarmer à Rochefort, entièrement délabrée par un terrible fléau qui la ravageait. Dans l'espace de deux jours, on transporta aux hôpitaux deux mille quatre cens hommes, tous attaqués d'un scorbut pestilentiel. M. Dupuy et son fils qui marche si bien sur les traces de son père & de son maître, travaillèrent au milieu d'une affreuse contagion au soulagement des malades. Le mérite de cette sorte d'occupation doit s'apprécier sur les dangers qui l'accompagnent & sur la grandeur d'un travail qui ne finit pas.
      Quelque temps après les habitants de l'isle Royale chassés de leur patrie, vinrent en chercher une en France leur mère commune. Ils arrivèrent l'esprit tristement occupé de leurs misères, ayant tout perdu. Les douloureuses affections de l'âme portent leurs vives atteintes dans le corps même. Nos Colons furent presque tous malades & fournirent ainsi une nouvelle matière au zèle du médecin de Rochefort. Courbé sous le poids des ans, M. Dupuy vivoit sans prétention, content de l'estime publique, lorsque les honneurs ont su le trouver. Le roi informé de ses services, les a récompensés par les distinctions les plus flatteuses. Auguste fit élever autrefois une statue à Antonius Musa son médecin. Louis XV, ce nouvel Auguste, comme lui vainqueur de ses ennemis, & pacificateur du monde, répand comme lui ses bienfaits, mais des bienfaits durables, sur des hommes dont les talents sont précieux à l'état, il a accordé des lettres de noblesse à M. Dupuy. La noblesse est une récompense plus brillante qu'une statue, puisque le temps, cet impérieux destructeur de toutes choses la respecte & lui donne un nouvel éclat à mesure qu'elle vieillit.
      M. Dupuy, tout âgé qu'il est, remplit toujours les devoirs de sa profession, & ces jours dont il serait bien temps de jouir, ne sont pas encore à lui. Qu'il est rare de voir à l'âge de quatre-vingt trois ans de vivre encore pour ses concitoyens ! Qu'il est beau de ne vouloir cesser de leur être utile qu'en cessant de vivre!
      M. Dupuy est correspondant de l'Académie des sciences. Il a donné au public un ouvrage intitulé : Histoire d'une enflure du bas ventre très-particulière, qui confirme la nouvelle opinion de la génération de l'homme par les oeufs, & qui établit un nouveau genre de maladies des femmes, par M. Cochon Dupuy le fils, conseiller et médecin ordinaire du roi dans la ville & le ressort du présidial de La Rochelle. A La Rochelle chez Pierre Mesnier 1698.

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